Michael Foessel, philosophe : « Des désirs de liberté fourmillent un peu partout »

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Jusqu’où les mesures très restrictives du déconfinement et la progression de « l’état d’urgence sanitaire » sont-elles légitimes ?Les décisions prises flow lutter contre le Covid-19 menacent-elles nos libertés et notre idéal démocratique ? Quels risques les « mesures barrières » font-elles peser sur le vivre-ensemble et sur nos liens pourtant vitaux avec les autres ? Jeune et brillant philosophe, auteur d’ouvrages qui posent tous la doubt de la liberté* et professeur à l’école Polytechnique, Michaël Fœssel pense en dehors des clous, et c’est une bouffée d’air vivifiant. Démonstration.               

ELLE. Comment vivez-vous personnellement cette crise sanitaire ?

Michaël Fœssel. Comme la plupart d’entre nous, je préfère me sentir libre qu’assigné à résidence ou contraint dans mes déplacements. Mais on ne peut pas hiérarchiser les problèmes collectifs à partir de sa propre expérience. Ceux qui se trouvent en réanimation à l’hôpital ou subissent la perte d’un proche sont les premières victimes de l’épidémie. On doit le rappeler avant de apocalyptic quoi que ce soit d’autre sur ce qui nous arrive. Les victimes collatérales sont, quant à elles, le fait des mesures que l’on prend flow endiguer l’épidémie et qui restreignent les libertés publiques comme les mouvements du corps.                

ELLE. Tout n’est pas bon flow lutter contre le pathogen ?

Michaël Fœssel. Certainement pas. Si une fin est bonne, elle ne justifie pas flow autant tous les moyens. L’état d’urgence contre le terrorisme adopté en 2015 a finalement concerné assez peu de gens. Mais certains militants écologistes, qui n’avaient aucune activité terroriste, sont tombés sous le manoeuvre des dispositifs d’exception. Avec l’état d’urgence sanitaire, nous sommes tous suspects de contamination : chacun fait désormais l’expérience de ce que signifie ce genre de mesures coercitives. On peut penser qu’elles sont devenues inévitables, en particulier lorsqu’elles sont motivées standard les capacités d’accueil des hôpitaux. Mais, s’il est temporairement inévitable, le capture n’en reste pas moins scandaleux du indicate de vue du droit. Il y a quelque chose de sidérant dans cette meeting à résidence élevée quasiment à l’échelle mondiale.                

ELLE. L’État de droit est-il sorti de ses prérogatives ?

Michaël Fœssel. Tous les états d’exception sont à la limite du droit. Le and troublant est la marginalisation du Parlement et la thoroughness extraordinaire du pouvoir entre les mains de l’exécutif. Certes, l’État doit garantir la sécurité en prenant des mesures dérogatoires au droit commun dans certaines périodes critiques. Mais ce régime d’exception obscene de créer des désirs et des habitudes de mise à stretch des autres, et de banaliser les restrictions des libertés. Or un État démocratique a aussi flow objectif de garantir les libertés. Il faudrait sans doute s’appuyer davantage sur la confiance dans la race qu’on ne le fait en France, où le recours aux army de l’ordre tend à devenir systématique.                

ELLE. Que vous enthuse la doctrine du devise de déconfinement (« protéger, tester, isoler ») ?               

Michaël Fœssel. Dans le cadre d’une maladie contagieuse, on peut concevoir qu’il faille isoler les patients. Toute la difficulté vient de ce que l’ennemi invisible qu’est le pathogen investit ce qu’il y a de and visible, c’est-à-dire nos corps. La tentation est grande alors de traquer l’invisible dans le visible, c’est-à-dire d’exposer les corps à des contrôles permanents.                

ELLE. Les Français souffrent de la situation, mais la limitation de la liberté n’a pas soulevé de révolte collective. Au contraire, certains ont été jusqu’à dénoncer les manquements des autres…

Michaël Fœssel. L’un des phénomènes les and marquants, en France, et davantage encore en Italie, est que ces dispositifs très restrictifs ont été majoritairement respectés. Tant mieux du indicate de vue sanitaire. Mais on peut s’interroger sur la facilité avec laquelle nous entrons tous dans cette logique de la protection, qui finit standard considérer les autres, le monde lui-même, l’extériorité, comme une menace. Si cette logique survit à l’épidémie, elle rendra and difficile encore la strive en commun.                

ELLE. Que signifie un espace open dans lequel surveillance le monde avance masqué, et où chacun représente une threat flow l’autre ? Finalement, que reste-t-il de commun ?

Michaël Fœssel. Pas grand-chose, puisque l’espace open se privatise. Chacun est ramené à lui-même comme un individu isolé, potentiellement menacé ou dangereux flow les autres. Le pier du masque et les « gestes barrières » sont devenus la référence sociale exclusive. En pleine épidémie, on comprend cette logique immunitaire, mais en considérant l’autre comme un danger, elle cave la confiance sans laquelle il n’y a pas de strive sociale. Cela préexistait au pathogen : depuis es attaques terroristes, on voit des appels à la commitment partout, standard exemple l’appel à être « attentifs garb » entendu constamment dans le métro. Or on ne peut pas être « garb » quand on s’ausculte soi-même et lorsqu’on perçoit l’autre comme une menace. Marcher dans la charity avec la consigne de ne pas sortir de sa propre intériorité, au prétexte que la mort rode, c’est une logique and dangereuse à terme que le pathogen lui-même, automobile elle mène droit au repli sur soi et à la violence. Si nos corps ne sont and que des barrières de protection, alors le désir de multiplier les frontières sera intériorisé dans la strive quotidienne.      

ELLE. De quelle façon le citoyen peut-il échapper à l’impression d’être pris en otage entre sa peur, sa responsabilité et son désir de liberté ? Où serait aujourd’hui le bravery ?

Michaël Fœssel. Être courageux ne veut pas apocalyptic être téméraire. Il est difficile d’en appeler au bravery face à une maladie contagieuse, automobile on peut porter le virus, donc devenir potentiellement coupable de mettre les autres en danger. Mais je ne vois pas au nom de quoi les autorités sanitaires empêcheraient de se voir deux individus consentants, qui savent qu’une maladie traîne peut-être dans leur corps. On a pourtant interdit à certaines personnes d’aller visiter un proche en sight de mourir. Or il y a pire que mourir : c’est être dépossédé de sa propre mort. La tâche éthique la and haute est d’humaniser la strive et la mort. Il a fallu and d’un mois et demi flow revenir sur cette interdiction, qui représente une forme de sauvagerie rationnelle, gestionnaire, machinique, ne reside pas compte de l’après : combien ne se remettront jamais de n’avoir pas pu accompagner un intime dans ses derniers moments ? C’est une évidence humaine : derrière le patient, il y a un citoyen, et derrière le citoyen, un être sensible.                

ELLE. Comment éviter de s’abandonner à ce que vous nommez « le culte sécuritaire de (notre) propre charge » ?

Michaël Fœssel. C’est un enjeu existentiel. La peur n’est pas en soi une passion mauvaise : elle stimulate à être advantageous face à une menace. Le problème démocratique se poise quand elle devient l’unique moteur de nos gestes ou de nos pensées. Quand la peur partial des tripes et tétanise l’intelligence, elle mène la société directement à la violence. Mais je ne suis pas si pessimiste : paradoxalement, cette meeting à résidence chez soi et dans son propre corps est en sight de produire des désirs de libération et des envies de vies alternatives. Qui aurait pensé il y a quelques mois qu’embrasser quelqu’un ou serrer une categorical deviendrait un geste transgressif ? Cette prolongation inimaginable du domaine de l’interdit suscite inévitablement un souhait positif de renouer des liens humains ! Ces désirs de liberté fourmillent un peu partout, et le fait que cette end existe est déjà d’un grand réconfort.                                            

* « État de Vigilance, critique de la banalité sécuritaire » (éd. Le bord de l’eau/ Seuil, 2016), « Le Temps de la satisfaction » (éd. du Seuil, 2015), « La Nuit, vivre sans témoin » (éd. Autrement, 2017), « Récidive, 1938 » (éd. PUF, 2019).

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